Comment bien choisir une chemise blanche ?

Classique parmi les classiques de la garde-robe masculine, la chemise blanche a traversé les époques et habillé les grands hommes. Pourtant, elles se suivent et ne se ressemblent pas forcément : c’est ce qu’on retient en regardant les modèles (des chemises blanches uniquement) conçus par la directrice artistiqueCécile Faucheur pour la marque Bourrienne Paris X. Organisée en chapitres (chaque modèle porte ainsi un nom et pourrait bien raconter une histoire…) selon les spécificités de chaque pièce, sa collection s’inspire des détails de chemises du XVIII, XIX ou XXème siècle – plastrons, passants, cols, fronces et plis – qu’elle transpose et ré interprète pour nous redonner envie de les porter demain, ou dans trente ans. “La chemise blanche est intemporelle parce qu’elle rend les gens beaux. C’est bête, mais j’y crois dur comme fer”, confie-t-elle.

La marque Bourrienne Paris X est née en 2017, peu après que Charles Beigbeder rachète l’Hôtel de Bourrienne, rue d’Hauteville à Paris. Chargé d’histoire, le lieu lui inspire un projet mêlant vêtement et héritage français. Diplômée d’ESMOD en 2009 et passée aussi bien par les mondes de la haute-couture que de la grande distribution, Cécile Faucheur se voit confier la direction artistique de cette marque qui propose un mono-produit monochrome qu’elle parvient tout de même à décliner et réinterpréter à force de recherches et d’inspiration à partir de détails de chemises anciennes. Par conséquent incollable sur la chemise blanche ,elle a accepté de passer en revue pour nous les différents détails à prendre en compte au moment de choisir une chemise blanche.Le tissu :“Le lin est parfait pour l’été. Pour le coton, la base c’est la popeline, qui peut être portée en toute saison, c’est une matière qui respire bien. Il existe plein de popelines différentes : il y en a de super épaisses, vraiment ‘matérielles’. Le sergé, souple et doux, est plus pour l’hiver mais on a des clients qui se sont mariés en été dans du sergé parce que c’est une matière qui a beaucoup de tenue. L’oxford est plutôt pour l’été mais certains hommes le portent en hiver. C’est quelque chose d’assez aérien, qui a une finition et un aspect particulier.Le seersucker était autrefois utilisé par les diplomates en Floride. Un procédé de tirage de fil, et aussi des applications de produits, resserre les fibres à certains endroits et cela permet de contracter le coton pour créer une sorte de gaufrage qui respire très bien. C’est parfait pour les pays très chauds.”Le col :“La différence de col, c’est quelque chose qu’on voit en fonction du visage. Il y a par exemple des hommes qui ont un petit cou et donc certains cols ne vont pas leur aller. D’autres ont de très long cous ou un double menton. Je trouve qu’entre un col italien et un col français, il y en a un qui va mieux vous aller que l’autre selon la morphologie de votre visage, c’est assez flagrant. On essaie de sonder nos clients, on leur montre et on prendre vraiment le temps de choisir avec eux ce qui leur va le mieux.”© Fournis par GQ Etienne PerrinLes poignets :“Quel que soit le poignet, 1cm doit toujours dépasser. Nos poignets, quelle que soit la construction, arrivent toujours à la même longueur. Un poignet mousquetaire, c’est plus habillé, c’est le plus adapté pour une cérémonie. Un poignet simple sera plus classique pour la vie de tous les jours. Certains de nos poignets sont un peu hybride, on peut porter un poignet Bourrienne – il est inspiré des manches bouffantes d’époque qui venaient se resserrer par une petite bande – dans une journée comme aujourd’hui ou pour un mariage. Quand on voit deux chemises de dos, ce sont les mêmes mais le poignet est différent. C’est une question de style ou de petits détails qui changent.”La longueur :“On propose trois longueurs, même quatre : pour les costumes, on a des chemises ajustées avec trois centimètres de plus pour qu’elles puissent être bien rentrées dans le pantalon. La longueur classique permet de la porter aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur mais on privilégie l’extérieur. On propose aussi des chemises avec une longueur liquette qui reprend vraiment la longueur des chemises anciennes. Et maintenant, on aune longueur qui est extra-longue, plus arty et orientalisante.”

Le plastron :“A l’époque, c’était pour se protéger le coeur lors des combats. Il y avait des plastrons détachables qui pouvaient être changés si vous mangiez salement. Maintenant, c’est juste décoratif, ça habille les devants de chemise qui sont assez simples.”Les boutons :“Un bouton en nacre sera froid au contact des lèvres et un bouton en plastique est chaud.”La construction :“Le nombre de points au centimètre sur la couture, c’est super important : c’est vraiment le principal dans une chemise. Sur un centimètre, il faut 6 ou 7. Nous, on est à 6. Ensuite, il faut surveiller la tenue du col. Après, les coutures de côté : si vous avez une très grosse couture, je trouve ça quand même moins chic. Mais c’est plutôt une question de goût. En bas, il peut y avoir des hirondelles de renfort pour éviter que la chemise se déchire à force d’être rentrée, sortie, mise et enlevée. Après on peut surveiller aussi la couture intérieur : il peut y avoir des coutures en double aiguille, c’est le top.”La transparence du tissu :“Si une chemise est transparente, pour moi c’est rédhibitoire. Nous, on a un certain blanc. Un jour, on a voulu changer de fournisseur de tissu et ce n’était pas du tout le même blanc. Du coup, on lui a dit non. Selon le climat au moment du filage du coton ou du ramassage et selon le traitement, il y a ce qu’on appelle une flamme. Laflamme, c’est le reflet de couleur que vous allez voir sur du blanc. Il y a un effet au porté. Il y a des blancs chauds ou froid et ça c’est affreux, ça donne mauvaise mine. Nous, on n’utilise pas de traitement. Il y a plein de marques qui utilisent du “iron free” : ça n’a pas besoin d’être repassé mais c’est plongé dans l’ammoniaque.C’est dangereux pour la santé et nous on ne veut pas ça. Le tissu froisse un petit peu mais ça vit.”

Quelques conseils pour entretenir une chemise blanche :“Le lin, ça bouge. C’est un matière qui n’est pas du tout stable donc il ne faut vraiment jamais la laver au dessus de 30°C.”“Si jamais le col est un peu plus sali, il vaut mieux le nettoyer au savon de Marseille avec une petite brosse à ongles.”“Si vous avez une tâche, ce qui fonctionne super bien c’est de la nettoyer au savon de Marseille à l’eau tiède et de faire sécher la chemise sur l’herbe au soleil.”

“Il faut mettre la chemise tout de suite sur un cintre quand elle sort de la machine. Si vous la mettez sur un tancarville, vous allez toujours garder les deux plis.”“Pas de sèche-linge, surtout pas.”“Le pressing, je trouve qu’ils les saccagent un peu. Pour les popelines, c’est mieux de les laver chez soi à30°C ou 40°C. Quand elles reviennent du pressing, elles sont toutes sèches…”Comment ne pas ressembler à tout le monde en portant une chemise blanche :“Je pense qu’il y a beaucoup de choses qui dépendent de l’allure. Dans la manière de se tenir par exemple :si on porte une chemise blanche et qu’on se tient mal, ça gâche tout. Il y a une attitude à avoir quand on porte une chemise blanche, c’est peut-être dans le port de tête ou la manière de se tenir. Et après, c’est aussi la manière de l’accessoiriser. Par exemple, un foulard peut tout changer sur une chemise. Il y a des manières de la rentrer aussi. Il y a des manières de retrousser les manches. Le bouton du haut, s’il est fermé ou pas,…”

Eva Pierrot

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