Le Figaro : Le Cas des Cols

By octobre 22, 2020Presse

Il n’y a pas que la couleur dans le choix de la chemise. Italien, français, boutonné… Revue d’un détail qui n’en est pas un.

Christophe, 30 ans, commissaire-priseur à Bruxelles, a une manière bien particulière de choisir une chemise dans sa penderie: il ne se fonde ni sur la couleur ni sur la coupe, mais sur le col. Du classique français au
plus ouvert italien en passant par le boutonné américain ou l’anglais (à la patte liant les deux pointes), tous n’ont pas la même fonction. «À mon sens, un col français ou italien est bien plus beau avec une cravate et
une veste, tandis que celui boutonné va mieux avec un jean», avance l’esthète.
Le col serait ainsi chez les hommes, y compris de la jeune génération, un critère déterminant. En témoigne Daniel Lévy, spécialiste du sur-mesure, rue du Cirque, Paris 8 e , dont les liquettes habillent une clientèle
majoritairement française… qui se passe volontiers de la cravate. «Nos clients préfèrent les cols qui se portent ouverts. Il faut peut-être y voir l’influence de Bernard-Henri Lévy , qui est devenu une icône de la
chemise blanche», sourit-il.

Même son de cloche chez Hilditch & Key. «Nous attirons depuis quelques années une clientèle rajeunie en quête de cols se portant sans cravate,surtout dans le cas des chemises de week-end, par exemple à
carreaux», indique Philippe Zubrzycki, responsable de la boutique parisienne de la maison britannique, rue de Rivoli. C’est ici que Karl Lagerfeld qui cultivait une distinction «à la Weimar» se fournissait en modèle à col très haut. Mais peu d’hommes osent l’imiter et malgré l’offre pléthorique du chemisier (plus de 80 options), les classiques restent les plus populaires. «Nos adeptes jouent avec la longueur du col, mais ne choisissent
que très rarement des modèles qui pourraient interpeller.»

Chez Bourrienne Paris X, on ambitionne aussi de pousser les Français vers des cols originaux, aux racines historiques: cassés sans rabats, officier, Claudine… «Pour une première chemise, les hommes optent pour des cols français ou italiens, confie Valentine Le Marchand, directrice de la communication. Ce n’est qu’avec la deuxième qu’ils osent une de nos créations emblématiques. Celles qui ont une histoire forte plaisent particulièrement, à l’instar du col officier.»


Mais, au fait, quelle symbolique revêt le col? «C’est la distinction entre le col blanc du tertiaire et le col bleu ouvrier , explique Anne Monjaret, anthropologue au CNRS. La mode, en récupérant ces références, embrouille les signes: il n’est plus rare de voir un employé de bureau porter un vêtement de travail, ou des politiques s’approprier le col Mao . » Le fameux qui, en 1981, valait à Jack Lang un scandale à l’Assemblée nationale. Preuve s’il en est que les cols n’ont rien d’anodin.