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Napoléon à l’hôtel de Bourrienne

By mai 5, 2021Culture

Napoléon Bonaparte et Bourrienne Paris X : unis par des liens historiques

 

Une grande réputation, c’est un grand bruit; plus on en fait, plus il s’étend au loin. Les lois, les institutions, les monuments, les nations, tout cela tombe; mais le bruit reste et retentit dans d’autres générations”. Ces mots sont ceux de Napoléon Bonaparte retranscrits dans les mémoires de son ancien ami et conseiller, Louis-Antoine Fauvelet de Bourrienne. Aujourd’hui encore, à l’aune du bicentenaire de sa mort, Napoléon intrigue, divise, fascine. Qu’on l’adule ou le déteste, on ne peut nier l’héritage qu’il a laissé derrière lui. Conquérant invétéré, grand réformateur, Bonaparte a su laisser sa marque pour devenir l’un des symboles les plus importants de l’Histoire de France. Chateaubriand écrivait de lui dans ses mémoires d’Outre-tombe (1848) : “Vivant, il a manqué le monde, mort il le possède”.
Pour commémorer ce personnage, Bourrienne Paris X met en lumière les liens qui unissent Napoléon à l’histoire riche de l’hôtel accueillant notre marque aujourd’hui. Retour sur le parcours de ce personnage au travers des figures emblématiques de l’hôtel de Bourrienne.

Jacques-Louis David, Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard, 1805, huile sur toile, 260 x 221 cm, Château de Malmaison.

 

Napoléon, un personnage qui se distingue dès l’enfance

 

Napoléon Bonaparte voit le jour le 15 août 1769 à Ajaccio au sein d’une famille récemment anoblie par Louis XVI. Il est le second enfant d’une fratrie qui en comptera huit. Dès sa naissance, celui que l’on surnomme affectueusement Nabulio se démarque par son prénom. En effet, il est le seul à porter un prénom aux consonances corses contrairement à ses frères et sœurs qui, eux, ont des prénoms très français, Joseph, Lucien, Pauline, Louis, Caroline… Ce choix est dû à la tradition de l’île qui voulait que les nouveaux nés portent le nom du dernier membre de la famille décédé. Dans le cas de Napoléon, il a repris le nom de son grand-oncle mort quelque temps avant sa naissance. En grandissant, il ne cessera de franciser son prénom, qui passe de Napoléoné Buonaparte à Napoléon Bonaparte.

 

L’essor du Napoléon militaire

 

À l’âge de neuf ans, il quitte sa Corse natale pour entrer à l’Ecole royale militaire de Brienne en Champagne, grâce à la bourse concédée par le roi. Là-bas, le jeune Corse fait l’objet de moqueries en raison de ses origines relativement modestes par rapport aux autres élèves issus de la noblesse locale, mais surtout à cause de son français approximatif et son physique particulier. Cette période, assez traumatisante, est très certainement le moteur de l’ambition de Napoléon pour se faire un nom respecté de tous. Il rejoint l’École militaire de Paris en 1784. Par la suite, le jeune Bonaparte, enchaînant les succès militaires, gravit les échelons jusqu’à obtenir le grade de général de l’armée intérieure, suite à sa maîtrise de l’insurrection royaliste contre la Convention de 1795. Il suscite alors l’effroi et l’admiration et devient l’une des figures éminentes du Directoire aux côtés de Barras ou encore Talleyrand.

 

Le général Napoléon, l’invité d’honneur de Fortunée Hamelin

 

C’est à cette époque qu’il commence à fréquenter les salons mondains et fait la connaissance d’une noble veuve, née en Martinique, Joséphine de Beauharnais. Si Joséphine est une femme dont la beauté était avérée, il se lie avec elle surtout en raison des nombreuses relations qu’elle entretient avec les personnalités haut placées de l’époque.

François Gérard, Portrait de Joséphine, 1801, huile sur toile, 178 x 174 cm, musée de l’Ermitage

C’est via Joséphine qu’il rencontre Fortunée Hamelin, propriétaire de l’hôtel de Bourrienne alors connu sous le nom de petit hôtel de Bazin. Originaire de Saint Domingue, Fortunée Hamelin faisait partie de la jeunesse dorée du Directoire, les fameuses Merveilleuses, ces femmes à l’esprit vif, meneuses d’opinion. Fortunée aurait rencontré Napoléon en Italie alors qu’il était en pleine campagne militaire. Elle s’était réfugiée là-bas, par delà les Alpes, pour échapper au scandale qu’elle avait causé, se baladant quasiment nue sur les Champs-Elysées en 1796. Fortunée est fascinée par Napoléon, dès leur première rencontre. Au retour de sa campagne d’Italie, Fortunée s’empresse d’inviter Napoléon aux salons qu’elle tient au petit hôtel de Bazin, qui réunissent l’élite intellectuelle et politique du tout-Paris de l’époque. La comtesse de Bassanville écrira au sujet des salons de Mme Hamelin qu’ils étaient tels “une contrefaçon de ministère, on venait s’y faire inscrire, on postulait, on intriguait : c’était la cour au petit pied”.

Andrea Appiani, Madame Hamelin, 1798, huile sur toile, 700 x 500 cm, musée du Carnavalet

À l’instar de sa femme, Napoléon apprécie fortement la compagnie de Fortunée. La complicité qui se crée entre eux fait courir le bruit que Fortunée et Napoléon sont amants. Aucune source ne semble pouvoir confirmer cette rumeur… ni vraiment l’infirmer. Fervente bonapartiste, Fortunée Hamelin conserve des liens avec Napoléon jusqu’après sa chute. Elle participe même à son retour d’exil sur l’île d’Elbe en 1815, ce qui lui vaut d’être exilée à son tour par les Bourbons revenus au pouvoir la même année.

Napoléon raconté par son ami, Louis-Antoine Fauvelet de Bourrienne.

 

Parmi les invités des salons de Mme Hamelin se trouvait Louis-Antoine Fauvelet de Bourrienne, ami d’enfance de Napoléon. Bourrienne et Bonaparte se sont rencontrés à l’école militaire de Brienne. A l’issue de leur formation à Brienne, alors que Napoléon s’en va pour Paris, Bourrienne opte pour une carrière dans les affaires étrangères. Il séjourne à Vienne puis Leipzig pour y étudier le droit public et les langues étrangères, avant d’être nommé secrétaire d’ambassade à Stuttgart en 1792. Malgré la distance, leur amitié ne faiblit pas. Au retour de Bourrienne en France, Bonaparte le convoque d’urgence en Italie où il mène l’une de ses plus importantes campagnes militaires. Les compétences diplomatiques de Bourrienne ont ainsi aidé dans la rédaction du Traité de Campo Formio, en 1797, mettant fin à la guerre Franco-Autrichienne. Bourrienne participe également à la campagne d’Egypte aux côtés de Napoléon entre 1798 et 1799. Dès lors, les deux amis ne se quittent plus. Bourrienne accompagne Bonaparte tout au long de son ascension au pouvoir, jusqu’à devenir son conseiller personnel quand il devient général puis premier consul, suite au coup d’État du 18 brumaire de l’an VIII (9 novembre 1799).

Auteur inconnu, gravure de Louis-Antoine Fauvelet de Bourrienne, conseiller personnel de Napoléon de 1796 à 1802.

Cependant, après des années à vivre aux côtés de Bonaparte, leur relation s’effrite en 1802 en raison de l’implication de Bourrienne dans des activités frauduleuses et son rapprochement avec les Bourbons. Napoléon, consul, choisit de prendre du recul et d’éloigner son ami du centre du pouvoir. Pourtant, en dépit de cela, les mémoires de Bourrienne, écrites et publiées après la mort de l’empereur, montrent toute l’affection que Louis-Antoine avait conservée à son égard. A travers ses écrits sur ses relations avec son ami d’enfance, on peut découvrir l’homme qu’il y a derrière le symbole, avec tous ses défauts et ses qualités. Selon Bourrienne, Napoléon était quelqu’un de sensible qui avait de la bonhomie et était accessible à la pitié.
Même si cela était peut-être vrai, cela n’a pas empêché celui qui fut l’empereur des Français de s’éteindre seul, loin de ses proches, le 5 mai 1821 sur l’île de Sainte-Hélène.